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Le jardin, c'est de la philosophie.

Erik Orsenna.

La philosophie n’est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi

Henri Bergson.

Le jardinage comme thérapie, le jardin comme modèle

 

Les joies d'un jardin sont si nombreuses et si permanentes, nous apportant la lumière dans la maison, la santé au corps et la sérénité de l'esprit, que nous devons, nous qui l'avons prouvé, nous dont la vie quotidienne est réjouie par son influence, quelle que soit notre gratitude ou notre volonté, nous devons instruire les autres de ce qu'ils peuvent partager notre joie. ?

Il n'est pas pour moi d'occupation plus délicieuse que la culture de la terre... et pas de culture comparable à celle du jardin... Mais bien que je sois un vieil homme je ne suis qu'un jeune jardinier. ?

Entrer dans le jardin

Au temps de la Renaissance, dans son ouvrage "Le Jardinage", Antoine Mizauld, accueille le lecteur par ce dizain:

Vous qui tousjours enclos demeurez és maisons,
A conter vostre argent, vos livres de raisons,
D'avarice empestrez, qui tant de maux apporte,
Regardez je vous prie ce bien que je vous porte:
Aprenez le moyen de recevoir plaisir

De vos jardins & champs, lors que tout à loisir
Esbatre vous irez, pour en prendre le fruict,
Sans craindre la Chenille, ou tout autre qui nuit;
Aprenez à guérir les maux qui tant vous minent
Les maux qui bien souvent par la mort se terminent.

Avoir un bout de terrain, le gratter avec une houe, y planter des semences et regarder le regain de la vie, C'est le plaisir le plus commun des humains et ce qu'il y a de plus satisfaisant à faire pour un homme. ?

Tout jardin est, d'abord l'apprentissage du temps, du temps qu'il fait, la pluie, le vent, le soleil, et du temps qui passe, le cycle des saisons.
Erik Orsenna- écrivain et académicien.

Le jardinage selon Teodor Ceric
En cultivant jour après jour ce jardin au milieu des champs et des montagnes, j'ai appris l'art de la patience (qui consiste à laisser les choses venir) et celui de la modestie (qui consiste à se voir toujours à l'échelle des nuages et des montagnes). Protégé par elles, modestie et patience, on avance sûrement dans le labyrinthe de la vie, notamment quand on a pour compagnons les arbres, le lierre, les abeilles, qui maîtrisent ces arts sans les avoir appris. Et on a une chance d'écrire un vers ou deux qui valent la peine. Mais personne, pas même mon père jardinier, ne m'avait expliquer ça.
Oui, il est trop tard maintenant, et ce journal ne sera pas le jardin magique dont j'ai naïvement rêvé ces derniers jours.
Mais est-ce bien grave? Je ne connais pas un livre qui soit nécessaire, alors que chaque jardin, même le plus banal, chaque fleur et chaque brin d'herbe sont peut-être indispensables à l'équilibre du monde.
Théodor Ceric- Juillet traduit par Marco Martella

Les apports du jardin et du jardinage

Le travail dans un jardin porte des fruits visibles... dans un monde où la plupart de nos besognes paraissent souvent dénuées de sens. ?

tableauDans notre pratique quotidienne, le jardin peut participer à:
- la réduction du stress et de la fatigue mentale après une journée de travail;
- améliorer l'humeur et augmenter la fierté d'accomplir une tâche utile et valorisante;
- créer l'espoir, renforcer la mémoire et aider à la prise de décision;
- augmenter sa faculté de concentration;
sur le plan physique et sensoriel:
- renforcer sa capacité de perception visuelle et autres,
- renforcer l'endurance, oublier la douleur, stimuler tous les sens;
sur le plan cognitif et éducatif:
- augmenter sa reconnaissance sensorielle;
- augmenter ses connaissances horticoles et botaniques;
- exprimer sa créativité;
- savoir jardiner, ce qui nous maintien en bonne santé.

Dans "Walden", Thoreau dialogue avec le vivant et interagit physiquement et symboliquement avec son jardin et le monde: J'ai enfin contribué à vêtir ce paysage fabuleux de mes rêves d'enfant, car ces feuilles de haricots, ces tiges de maïs et ces plants de pomme-de-terre sont l'un des résultats de ma présence et de mon intervention. [...] Désherber, mettre du terreau autour des tiges de haricot, encourager cette plante que j'avais semé, inciter le sol jaune à exprimer ses pensées estivales sous forme de feuilles et de fleurs de haricot plutôt qu'en armoise, chiendent et millet, contraindre la terre à dire haricot et non herbes folles- tel était mon travail quotidien;

L'âme du jardin

Si pour Freud, le rêve est la voie royale de l'inconscient, les auteurs de l'ouvrage "L'art et l'âme des jardins" ont fait des jardins, la voie royale pour la connaissance de l'homme et des sociétés et si l'on veut transcender les limites de l'histoire, de l'art et de l'horticulture pour atteindre le jardin au plus profond de son ame, il faut tenter de comprendre l'esprit de chaque époque et de chaque créateur, voire de chaque commanditaire.
Les jardins sont liés aux contes qui tentent d'expliquer le mystère de nos origines; ils nous lient à la terre par ses travaux et au ciel par ses besoins de lumière et de chaleur, d'eau, voire des influences du cosmos selon la biodynamie.

Le jardin doit rester pour que la vie y soit au maximum ouvert à la nature, qu'il soit attirant et promesse de plaisir simple et immédiat. Reposant sur la présence de la vie, sur la communication entre le jardinier et le milieu, le jardin exclut ... tout recours aux intrants chimiques. Il faut que le jardin devienne un "bain de vie et de nature".

La philosophie au jardin

Comme John Evelyn: Nous entreprendrons de montrer comment l’air et l’atmosphère des jardins agissent sur l’esprit de l’homme et l’inclinent à la vertu et à la sainteté d’une manière que je crois indirecte, préparatoire et propice. Comment les grottes, les cavernes et les montagnes ainsi que les beautés irrégulières des jardins contribuent aux enthousiasmes qu’inspire la philosophie.
La philosophie au jardin est une pratique de vie et de réflexion née dans l'Antiquité, qui utilise l'espace clos et vivant du jardin comme modèle pour cultiver l'esprit et atteindre la paix de l'âme.
Le jardin symbolise avant tout un espace de conciliation entre la nature et la culture, représentant à la fois le paradis perdu, l'ordre face au chaos et un lieu de régénération spirituelle.
Comme Pierre Hahot, nous considérerons que la philosophie est une thérapie de l'âme comme il l'a présentée dans ses nombreux ouvrages sur les doctrines antiques et le mode vie conforme à ses principes.
Cultiver son jardin, c'est cultiver les vertus de constance, patience, humilité et reconnaissance et il n'y a aucun doute que ceci permet d'accéder à l'eudaimonia particulièrement mis en avant par le stoïcisme. Le jardin et la philosophie redonne au jardinier philosophe la foi en l'avenir et en la vie par la sagesse que permet l'expérience. Le contact avec la nature ainsi que l'activité jardinière permet une relaxation apaisante et regénératrice, sources d'un équilibre et d'une satisfaction intérieure. On peut considérer que l'expérience du jardin est une thérapie philosophique comme l'était la philosophie antique en nous fixant sur l'instant présent qui contribue à la santé du corps et de l'âme.

Bien que le mot de "jardin" nous conduit à la philosophie d'Epicure; c'est vers le stoïcisme que nous nous dirigerons car il s’applique parfaitement au jardinage et au retour à la nature. Cette démarche transforme le travail de la terre en un exercice spirituel concret, où le jardin devient un laboratoire de la sagesse et de l'acceptation:
• l'acceptation du destin: les événements extérieurs échappent à notre contrôle et relèvent de l'ordre universel;
• la maîtrise intérieure: seuls nos jugements, nos choix et nos réactions dépendent de notre volonté; c'est là que réside notre liberté.
• ce qui dépend de nous: préparer le sol, semer au bon moment, arroser avec soin, désherber et protéger les cultures.

S'appuyant sur les indications de "Wild Garden" de William Robinson qui regroupe les plantes par famille et explique comment les "faire sentir chez elles", le philosophe G.R.F. Ferrari propose de considérer le jardin comme une "société de plantes" établie, soignée et gouvernée par le jardinier, qui peut se comporter en père fondateur n'intervenant que pour régler les problèmes, comme dans le cas du jardin "sauvage", ou en monarque absolu et omniprésent, dans celui du jardin régulier.
Croiser le stoïcisme antique avec le retour à la terre offre une structure conceptuelle très riche. Loin d'être un simple loisir bucolique, le jardin devient ici une scène métaphysique.
A l'inverse de la philosophie occidentale, notamment cartésienne, le stoïcisme propose de ne pas se rendre "maître et possesseur de la nature" mais coopérateur et ami de la nature comme force génératrice universelle.
Chez Sénèque, le retour à la terre n'est pas une fuite bucolique, comme chez Épicure, mais une ascèse de simplification et un recentrage sur les besoins fondamentaux.
Il affirme que "la vie n'est pas courte, c'est nous qui la rendons telle en la gaspillant". Le jardinier-philosophe applique cette idée à la lettre et fustige ceux qui courent après les honneurs, l'argent ou l'agitation stérile. Transposé aujourd'hui, l'écran et la notification constante incarnent cette aliénation. Le retour à la terre est l'outil radical pour briser ce cercle.
Le potager devient un espace de résistance temporelle où l'on réapprend, selon les mots de Sénèque à Lucilius, à "saisir le jour présent" pour moins dépendre du lendemain.
Dans ces lettres, Sénèque rappelle constamment que "ce que demande la nature s'acquiert facilement; il est sous notre main. C'est pour le superflu que l'homme s'épuise". Le jardin enseigne une forme de dénuement et de pauvreté volontaire choisie. La terre n’a besoin que d'eau, de soleil et de nutriments de base pour générer l'abondance. Tout le reste, comme les outils technologiques complexes, la quête esthétique purement artificielle, relèvent de la vanité humaine.
Pour Sénèque, se retirer des affaires publiques n'est pas de l'oisiveté paresseuse. C'est le moment où l'être humain se consacre enfin à ce qui compte: l'étude de la nature et le soin de son âme. Le jardin n'est pas un lieu d'isolement misanthropique, mais un espace de clarté mentale d'où l'on comprend mieux le monde et notre place en son sein.

Ethique environnementale

photoL'écologie qui met en lumière les réseaux complexes d'échanges de matière et d'énergie, montre le degré d'interdépendance entre toutes les composantes et montre que leur totalité est supérieure à leur addition. L'homme est considéré comme un membre de la communauté biotique dans lequel il vit.
Fidèle à Leopold, la land ethic promue par Callicott "est une éthique des sentiments moraux" qui se réclame de Hume: je valorise ce que j'aime; "c'est une éthique du proche, de la familiarité", dans la lignée du stoïcisme.
Le jardinier ne sera plus considéré comme un étranger mais partie intégrante du jardin.
Et nous dit R. Harrison, ... la relation jardinière ouvre un horizon d'espérance au moment où la crise environnementale impose de renégocier les rapports collectifs entre humains et non-humains. Car les jardins nous rappellent que nous sommes des créatures inscrites dans le monde de la matière cosmique et animée.
Aussi, dans un article de la revue "Jardins", Hervé Brunon écrit: Ainsi l'amitié respectueuse qu'implique leur soin... propose sûrement un modèle éthique d'action sur terre, fondée sur l'idée de parenté et de solidarité plutôt que de séparation et de domination ce qui nous incite à l'humilité.
Le jardin perçu comme milieu vivant, territoire d'espérance, de liberté et de plaisir et aussi d'expériences, qui se révèlent du semis à la récolte puis au plaisir de la table intervient comme un tiers soignant qui s'attache aussi bien à la santé du corps qu'à cette de l'ame, ce qui est rarement le cas des molécules médicamenteuses. [...]
Il faut toucher la terre, la caresser de ses mains pour en ressentir le pouvoir.
?

le jardinier stoïcien

En cas d'échec d'une culture, le jardinier stoïcien ne gaspille pas son énergie en lamentations. Il accepte la réalité telle qu'elle est et s'adapte, voyant dans chacun d'eux une occasion de pratiquer la résilience, la patience et l'humilité face aux forces de la nature. Le vrai jardinier stoïcien ne cultive pas seulement des légumes, il se cultive lui-même, même à travers l'échec.
La patience stoïcienne: on ne peut pas forcer une graine à pousser plus vite. Le jardinage rééduque notre esprit à désirer ce qui arrive au moment où cela arrive. La conscience de l'impermanence: observer le cycle des saisons, la floraison, la fructification puis le pourrissement qui nourrit à son tour le sol, est une leçon quotidienne de notre propre finitude vécue de manière sereine et harmonieuse.
Le stoïcisme prône la modération. Dans un retour à la nature, le jardinage enseigne à collaborer avec l'écosystème plutôt qu'à chercher à le dominer par des intrants chimiques ou un aménagement excessif. Il s'agit d'intervenir quand c'est nécessaire, mais savoir s'effacer pour laisser la vie suivre son cours, pour nous enseigner la sagesse et la tempérance.
Pour le stoïcien, nous sommes citoyens du monde. Le retour à la nature n'est pas une fuite égoïste ou un repli solitaire mais une reconnexion à la communauté universelle.
La vie bonne consiste à pratiquer les quatre vertus cardinales: la sagesse, le courage, la justice et la tempérance.
En plongeant les mains dans la terre, le jardinier prend conscience de la chaîne causale universelle. Le ver de terre, le soleil, la décomposition des feuilles, l'eau: tout collabore au vivant. En prenant soin d'une parcelle, vous prenez soin d'un fragment du Cosmos. Le retour à la terre devient un acte d'engagement cosmopolitique.
Il est "propriétaire de ses heures": en plantant et en désherbant, le temps redevient tangible. On n'attend plus passivement le lendemain; on habite pleinement la journée en cours.
Désherber ou de tailler devient une métaphore de la philosophie stoïcienne: élaguer les désirs superflus pour fortifier les branches essentielles de notre vie intérieure.
Une maladie cryptogame, une sécheresse historique ou une averse de grêle peuvent anéantir des mois de travail au potager. Face à cela, le jardinier inspiré par Sénèque ne s'effondre pas. Il se rappelle que la récolte est un indifférent préférable: agréable si elle réussit, mais non essentielle à la paix de l'âme.

Le jardin comme révélateur

Lorsque j'ai découvert que l'âme était comparable à un jardin, j'ignorais que cette image avait été utilisée par un grand nombre d'écrivains. Cette image me dicta le site web que vous êtes en train de visiter. Mais vice et versa, cette image présente en nous peut nous aider à découvrir notre proprs personnalité. Daniel Gélin le raconte: Je me suis senti poursuivi d'odeurs, d'humus, de senteurs végètales et habité de forces germinatives, et afin de perdurer secrètement une autre identité s'est éclose en moi, une métamorphose exquise: je suis moi-même devenu une sorte de jardin.
C'est au jardin que je le découvris moi-même.
Comme je le raconte dans les pages suivantes, Saint-Augustin eut une expérience semblable mais lers éxégètes notèrent que c'était sous un figuier et négligèrent que ce fut dans un jardin! lire

L'hortithérapie comme exercices physiques et spirituels

De la culture physique

tableauSoulever, pénétrer, déchirer la terre est un labeur- un plaisir- qui ne va pas sans une exaltation que nulle stérile gymnastique ne peut connaître. Le dessous de la terre, entrevu rend attentifs et avides tous ceux qui vivent sur elle (...) A ouvrir la terre ne fuût-ce que l'espace d'un carré de choux, on se sent toujours le premier, le maître, l'époux sans rivaux. ?

Dans "Walden", H.D. Thoreau nous conte son expérience de culture des haricots: En quoi consistait ce labeur très régulier et respectueux de lui-même, à la fois modeste et herculéen, je l'ignorais. J'en vins à aimer mes rangs, mes haricots, bien que leur nombre dépassât infiniment mes besoins. Ils me liaient à la terre, et comme Antée j'en tirais ma vigueur (...) Je les cajole, je les sarcle, je les surveille au point du jour et à la tombée de la nuit; tel est mon labeur quotidien. ... Mes assistantes sont les rosées et les pluies qui apportent de l'eau à cette terre sèche, et le peu de fertilité qui se trouve dans le sol proprement dit, lequel pour l'essentiel est pauvre et stérile.

Du repiquage

tableauLe jardin soigne celui qui le soigne.
Celà le jardinier ne l'oublie jamais. Il l'a appris avec l'usage du râteau , de la bêche et du sécateur, il l'expérimente tous les jours en travaillant dans son jardin. Par exemple, lorsqu'en été il arrose à la fin d'une journée de chaleur écrasante, l'eau fraîche entre ses doigts lui donne du plaisir, mais ce plaisir n'est rien comparé à celui d'observer ses plantes qui se désaltèrent, de penser à la sève qui circule plus vite derrière l'écorce des arbres ou aux racines qui reprennent vigueur sous la terre, au point qu'il ne sait plus si c'est pour le bien-être de ses arbres qu'il accomplit sa tâche ou pour le sien.
[...]
tableauN'oubliez pas que la nature, depuis toujours, nous porte secours. Si elle ne peut guérir notre mal de vivre, elle apaise, adoucit, tente de rétablir un équilibre en nous rappelant à elle. Et sans cesse, maternelle, elle renouvelle ses soins. (...) Le jardinier ... n'oublie jamais que la vraie demeure de notre âme est dans le vaste monde, là où nous retrouvons nos frères animaux et l'amitié des fleurs sauvages. C'est pour cela qu'il consacre tant de temps et d'efforts pénibles à cette activité apparemment si peu utile qu'est le jardinage.
[...] Observons le mettre dans la terre une jeune plante à la tige délicate, disons d'une dizaine de centimètres à peine. Il a l'air d'un somnambule tellement il est absrbé par sa tâche, mais ses sens sont en alerte. S'il est heureux, c'est parce que tout ce qui l'interesse, en ce moment, c'est ce petit végètal, cette fragile détermination à vivre qu'il serre entre ses doigts. .... Il s'est oublié lui-même. Son esprit, dirait un sage taoïste, n'est plus qu'un espace vide, un lieu que les énergies de la vie- le vent, la lumière, le pollen, le bourdonnement des insectes et Dieu sait quoi encore- traversent en tout sens. A cet instant, il fait corps avec ce petit monde dont il est responsable, cette tribu de plantes et d'animaux qui habitent le jardin. Le reste n'a pas d'importance à ses yeux.
(...) Car pour l'heure il n'est personne. Son bonheur est parfait. Ne le dérangeons pas.
?

Le jardinage

tableauComme le repiquage si bien évoqué par M. Martella de nombreux travaux de jardinage sont des moments d'intense concentration, de moments vécus dans le présent, de soins remplis d'espoir et d'attention comme l'arrosage d'un sillon que l'on vient d'ensemencer. Ces moments peuvent être entrecoupés de minutes de contentement, de contemplation ou de satisfaction devant le travail accompli ou la beauté du jardin qui nous rend sensible à sa poésie. Le jardinage est une activité proche d'un travail artistique avec une matière vivante que sont les plantes afin de leur donner tous les soins nécessaires à leur développement. De la graine à la germination, du bourgeon à la fleur, de la formation du fruit jusqu'à sa dégustation, des centaines de messages perceptibles et enregistrables sont présents.
C'est est une forme de méditation active, un dialogue avec le vivant. Le jardin est un lieu où l’on cultive la sérénité, un lieu au bonheur multiple, entre la joie de voir éclore une fleur, le plaisir de récolter ses propres légumes, mais aussi celle de la paix intérieure que procure le contact avec la terre.

Le jardinier n'impose pas sa volonté à la terre de manière tyrannique. Il déploie sa propre raison pour épouser la raison du vivant. Jardiner, selon une perspective stoïcienne, c'est l'art d'ajuster notre action humaine aux lois biologiques sans chercher à les violer. Le jardin comme un espace de négociation métaphysique où l'homme n'est pas un conquérant, mais un collaborateur. Le stoïcisme s’applique parfaitement au jardinage et au retour à la nature. Cette démarche transforme le travail de la terre en un exercice spirituel concret, où le jardin devient un laboratoire de la sagesse et de l'acceptation.

Le bonheur au jardin

Chacun connait le proverbe chinois qui nous promet le bonheur durant toute la vie en se faisant jardinier.
Cicéron le proposait en ne possédant qu'une bibliothèque et un jardin.

Christophe Plantin le résume par un sonnet:
Le bonheur de ce monde
Avoir une maison commode, propre et belle,
Un jardin tapissé d'espaliers odorans,
Des fruits, d'excellent vin, peu de train, peu d'enfans,
Posseder seul sans bruit une femme fidèle,

N'avoir dettes, amour, ni procès, ni querelle,
Ni de partage à faire avecque ses parens,
Se contenter de peu, n'espérer rien des Grands,
Régler tous ses desseins sur un juste modèle,

Vivre avecque franchise et sans ambition,
S'adonner sans scrupule à la dévotion,
Dompter ses passions, les rendre obéissantes,

Conserver l'esprit libre, et le jugement fort,
Dire son chapelet en cultivant ses entes,
C'est attendre chez soi bien doucement la mort.

Lorsque en ces frais matins, je sors dans mon jardin, avant que personne ne soit éveillé, je recherche un temps de bonheur parfait... En cette heure divinement fraîche et calme, les ravissantes visages de chaque fleur me saluent avec une joie silencieuse qui me remplit d'un contentement infini: chacune me donne sa couleur propre, sa grâce, son parfum et m'enrichit par la perfection de sa beauté. ?

Sources

- Collectif- Jardins n°6photo - Editions du Sandre
- Pierre HADOT- Qu'est-ce que la philosophie antique ?photo - Gallimard - Exercices spirituels et philosophie antiquephoto- Albin Michel - La Philosophie comme manière de vivrephoto- Espaces libres - Le voile d'Isisphoto- nrf/Gallimard
- Robert HARRISON- Jardins. Réflexionsphoto - Le pommier
- Marco MARTELLA- Un petit monde, un monde parfaitphoto - Poesis

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